
Nutrition
Quand le poulet sent les toilettes
Ton corps sait mieux que n'importe quel plan. Apprends à faire à nouveau confiance à tes sens et à reconnaître une vraie qualité alimentaire.

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Un des plus grands "péchés alimentaires" est de vouloir tout piloter avec la tête. Pourtant, on le répète sans cesse : un tigre n'a pas besoin d'avoir lu un livre de biochimie pour bien manger et rester en bonne santé. Tu te demandes comment il fait ? Si tu as un chien, tu le sais déjà : l'animal renifle. Si ça sent bon, il mange, sinon il regarde bizarrement et s'en va. Parfois, on aimerait qu'un être humain moderne redevienne un peu plus chien.
L'humain dispose d'une sensorialité incroyable, affinée en des millions d'années d'évolution. Quand quelque chose ne nous convient pas, le corps le sait en général et manifeste du dégoût. Enfin, le corps d'une personne normale.
Parfois, il faut d'abord recultiver ça. Car de nos jours, on est souvent tellement dans la tête qu'on ne fait plus du tout confiance à notre sensorialité, à l'évaluation propre du corps, sans passer par la tête, ou qu'on l'ignore carrément. La raison, bien sûr, c'est le désir de contrôle. Imagine un surfeur. S'il voulait piloter sa session par la pensée, avec la tête, il tomberait probablement tout de suite de sa planche. En réalité, l'entraînement sert justement à développer un ressenti pour la vague et pour les enchaînements de mouvements.
Nous, les humains, on fait exactement l'inverse : on naît avec une sensorialité et on a des décennies pour l'entraîner. Et dans la plupart des cas, elle est super bien entraînée, mais on ne s'en sert simplement pas. Autrement dit : on "s'entraîne" en permanence, mais quand il s'agit de surfer la vague, on rallume la tête. Les concepts alimentaires sont donc bons pour la poubelle : ils font indirectement perdre le ressenti. Conceptualiser fait du tort ! Les concepts rendent aveugle et donc malade. À cela s'ajoute qu'on n'arrive jamais au bout. Ça ne s'arrête jamais. On court toujours après un problème, et dès qu'on l'a résolu, un nouveau surgit.
D'abord, c'est le sucre qu'on ne mange plus. Une fois qu'on ne le mange plus, ce sont les métaux lourds. Et une fois qu'on les a éliminés, ce sont les autres polluants environnementaux. Ensuite, on ne veut plus manger de viande, mais on se rend compte tout à coup que le véganisme ne fonctionne pas vraiment et qu'il faut se supplémenter à l'infini... Oh là là ! L'objectif derrière notre démarche, pourtant bien intentionnée, est un état d'équilibre sain du corps. Si on l'atteint, on est et on reste très probablement en bonne santé. Et pour ça, on a et on a besoin de notre sensorialité, de nos sens et de notre ressenti.
Le savoir théorique doit toujours être ramené à une réalité et à un contexte de vie. On peut te transmettre du savoir théorique, mais on ne peut pas te prescrire de plans alimentaires ou de mode de vie. Comment cela pourrait-il fonctionner ? Pour ça, tu as besoin du chien en toi. Et pas d'un influenceur ou d'autres conseillers qui ne vivent pas ta vie.
La volaille d'élevage intensif est-elle saine ? Aucune idée. Y a-t-il des études là-dessus ? Aucune idée, sûrement. Est-ce pertinent pour ma vie ? Aucune idée. Ce qui est sûr : celui qui cuit son poulet et le retrouve, après une nuit au frigo, sentant les toilettes, n'a pas besoin de supposer que ce truc est sain. Celui qui sert à ses amis et à sa famille la meilleure dinde de la ferme et que tout le monde vit l'orgie gustative ultime, celui-là sait aussi à quoi s'en tenir.
Mais là aussi, bien sûr : on peut très bien se raconter des histoires à soi-même. Il faut alors peut-être, encore une fois, une pincée de métacognition ;-)