Adaptabilité : mieux grâce au stress
L'adaptabilité est un principe biologique fondamental, une propriété de base de tout organisme vivant. Heureusement, d'ailleurs. Car cela signifie que ton corps s'adapte tout simplement. Certains connaissent peut-être ça grâce au sport. Ou pas.
L'adaptabilité rend résistant
Dans l'idéal, la panoplie enzymatique de ton laboratoire de chimie personnifié se modifie en permanence, et ce toujours de façon à ce que tu gères le mieux possible la contrainte environnementale du moment. Ça te parle, non ? Quand ce mécanisme cesse de fonctionner, le corps ne grandit plus, on ne progresse plus avec la tâche, on s'y épuise peu à peu.
Une adaptabilité pleinement développée fait qu'on devient plus fort, meilleur sous l'effet du stress. Les tendons sollicités deviennent plus résistants avec le temps. Les os que l'on sollicite se renforcent et gagnent en solidité. Les reins qui doivent travailler davantage grossissent (sans blague !). Le stress mental rend automatiquement plus robuste sur le plan psychique, on «gère» d'instinct bien mieux les facteurs de stress.
Pourquoi on n'adapte pas correctement
On connaît aussi le contraire : le burn-out. Chez un sportif, on parle de surentraînement. Et chacun d'entre nous connaît sûrement cette sensation de ne plus vraiment arriver à faire face aux exigences du moment. Trois raisons principales peuvent expliquer cela :
- La sollicitation est actuellement (encore) trop importante. C'est clair : celui qui va à la salle de sport et essaie, dès la première séance, de développer-couché 100 kg risque de se faire mal. Pas de quoi se plaindre, car chacun sait que le niveau de force ou de forme actuel ne suffit tout simplement pas à déplacer ce poids. Entre les deux, il y a de nombreuses séances d'entraînement et... de l'adaptation.
- Les pauses ne suffisent pas, ou la fréquence des sollicitations est trop élevée. Tout le monde comprend ça. Celui qui n'arrive plus à souffler correctement, qui ne laisse pas à son corps les phases nécessaires pour accumuler des ressources et se préparer à la situation contraignante, obtiendra inévitablement l'effet inverse de l'adaptation.
- Les ressources elles-mêmes manquent ou ne fonctionnent pas.
Ce dernier point est particulièrement intéressant. Car d'une certaine façon, il détermine à quel point les deux autres facteurs peuvent avoir de l'influence. Et il détermine en conséquence à quelle vitesse et à quel point on peut s'adapter à la sollicitation en question.
Phénomènes modernes
Il est également intéressant de constater que nous, humains modernes, présentons très souvent soit des mésadaptations (= adaptations erronées), soit carrément aucune adaptation. Même quand le stimulus est bien présent, par exemple lorsqu'on subit du stress au travail, notre machine biologique miraculeuse ne montre aucune réponse biologique correspondant à une bonne adaptation à la situation en question.
- Le diabète et la résistance à l'insuline sont assurément des mésadaptations. L'organisme cherche à se protéger, surtout d'une surcharge énergétique cellulaire. Mais ces mésadaptations font que la glycémie qui en résulte finit tôt ou tard par rendre malade, voire par épuiser complètement le pancréas.
- Les dépressions et les états dépressifs sont, du point de vue de la psychologie évolutionniste, très certainement aussi la conséquence d'un «décalage» (mismatch) entre les exigences de l'environnement et la réponse biologique du corps : cela signifie que notre corps réagit mal, voire pas du tout, face à un environnement souvent trop exigeant aujourd'hui.
- De nombreuses maladies de civilisation, à savoir les maladies cardiovasculaires, la neurodégénérescence, le diabète, le cancer et bien d'autres, sont considérées par les spécialistes comme un tel mismatch, où le corps et l'environnement ne s'harmonisent plus, où l'on ne fait pour ainsi dire plus partie d'une matrice biologique fonctionnelle, ce qui provoque des dérèglements biologiques massifs.
Bref : on voit bien ici aussi qu'au 21e siècle moderne, on sollicite son corps à un tel point qu'on le met souvent à genoux. C'est la première raison pour laquelle on devrait absolument émuler (et non copier) un mode de vie correspondant à notre équipement vieux de plusieurs millions d'années. Le boulanger et les sucreries n'en font plutôt pas partie.
La deuxième raison pour laquelle on a absolument besoin d'un mode de vie adapté, c'est qu'on sous-estime profondément notre machine miraculeuse. On grandit avec l'idée qu'il est normal qu'un corps finisse par tomber malade. On grandit donc déjà avec une pensée de la carence. On ne comprend fondamentalement pas ce qu'un corps normal peut réellement accomplir.
«Les vitamines, ça ne sert à rien»
C'est de cette «superstition» que naissent de nombreux phénomènes de compensation modernes. Les gens ne se penchent plus sur leur robustesse fondamentale, mais plutôt sur la meilleure façon de projeter leur rôle de victime sur leur vie. C'est souvent un sujet chez nous : ce sont alors les virus qui sont coupables, les autres, les méchantes multinationales, ou n'importe qui d'autre.
Cette façon de penser, cette attitude, façonnent aussi la manière dont notre paysage médiatique présente l'information. Les vitamines ne servent à rien, la vitamine D va te tuer, les protéines nuisent aux reins, on ne peut de toute façon rien faire pour le système immunitaire, le cerveau finit forcément par tomber malade, la souffrance psychique n'a rien à voir avec le mode de vie... et bien d'autres exemples encore.
C'est malheureusement précisément cette suffisance qui, ironiquement, fait en sorte que le corps ne s'adapte pas. On perd notre adaptabilité parce qu'on ne comprend pas qu'il faut impérativement apporter des ressources au corps pour qu'il puisse s'adapter. On se met soi-même dans une situation d'impuissance, sans comprendre que tout organisme au monde s'adapte de façon optimale lorsqu'on le «nourrit» bien.
Tous les animaux le savent.
Alors : celui qui mange des biscuits toute la journée et fait le plein de graisses trans, qui bombarde son corps de métaux lourds, qui pense de manière générale ne devoir respecter aucune «règle de la vie», finira inévitablement par s'effondrer face à chaque défi et par tomber malade. Et dans ce cas, inutile de lire un livre sur la résilience (= la capacité à surmonter des situations de vie difficiles sans séquelle durable).
Jack Lalanne le savait : rien ne vient de rien
Jack Lalanne a été, pendant des décennies et jusqu'à sa mort en 2011, *l'*icône du fitness aux États-Unis. N'hésite pas à le chercher sur Google. Beaucoup de ses maximes restent valables aujourd'hui :
- «Beaucoup de gens soi-disant spirituels mangent trop, boivent trop, fument et ne font pas de sport. Mais ils vont à l'église chaque semaine et prient : ‹S'il te plaît, aide mon arthrite. Aide-moi à redevenir fort, rends-moi à nouveau jeune.›»
- «Il n'existe pas de fontaine de jouvence. Ce que tu donnes à ton corps, c'est ce que tu en reçois en retour. Tu ne nourrirais pas ton chien avec du café et des biscuits au petit-déjeuner, suivis d'une cigarette. Tu tuerais ce fichu chien.»
- «La seule façon de blesser ton corps, c'est de ne pas t'en servir !»
C'est comme ça.