Chaque année, du moins chez moi, Chris, il y a ce phénomène : en fin d'année, une envie soudaine et particulière de poisson. D'où vient-elle ? Cela peut avoir plusieurs causes. Par exemple, le fait que le corps veuille garder fluides les membranes cellulaires, qui sont essentiellement composées d'acides gras. En effet : le froid rend les membranes plus rigides. Pour les animaux à sang froid, comme le poisson dans une eau froide, c'est particulièrement important. C'est pourquoi ils stockent une proportion élevée d'acides gras oméga-3, par exemple.
Ces acides gras maintiennent les membranes cellulaires souples, et donc fonctionnelles, grâce à leurs propriétés chimiques. Le poisson gras est donc pour nous la meilleure source d'oméga-3. Il se peut aussi que notre corps essaie de garder les membranes cellulaires, mais aussi les membranes des mitochondries (les mitochondries = les centrales énergétiques des cellules), plus souples et donc plus fonctionnelles. Une possibilité parmi d'autres.
Ce que beaucoup de gens ignorent cependant, c'est que le poisson gras est aussi probablement la meilleure source de vitamine D de notre alimentation. Dès qu'il commence à faire « sombre » en fin d'année, c'est-à-dire dès que l'exposition aux UV diminue drastiquement, nous ne produisons plus que très peu, voire plus du tout, de vitamine D dans la peau. Au même moment, le taux de carence en vitamine D grimpe en flèche. Le corps cherche probablement à compenser cela et se tourne instinctivement vers la meilleure source de vitamine D : le poisson (gras).
Le saumon sauvage contient ainsi jusqu'à 1'000 UI pour 100 g. Cela suffirait à prévenir de manière fiable au moins une carence. En effet, les études montrent régulièrement que les populations qui mangent beaucoup de poisson font figure d'« exception » lorsqu'il s'agit du mauvais apport en vitamine D en hiver. La Scandinavie s'en sort d'ailleurs particulièrement bien à cet égard. En Norvège, l'huile de foie de morue est recommandée par les autorités sanitaires, et ce depuis 60 ans. Plus d'un tiers de la population totale suit cette recommandation, et environ la moitié des personnes âgées en consomme.
Et cela a fait effet, un effet presque magique, du moins si l'on en croit une étude norvégienne. Accroche-toi bien : consommer de l'huile de foie de morue pendant la jeunesse réduit le risque de développer une sclérose en plaques de plus de 30 %. Une relation dose-effet claire a été établie : en avalant 60 (!) cuillères à café d'huile par mois, ce qui correspond à une dose quotidienne estimée entre 600 et 2'000 UI de vitamine D (selon la marque), le risque diminue même de 50 %, excusez du peu.
Voici le point important : l'huile de foie de morue ne contient pas seulement de la vitamine D, comme on le sait, mais aussi des oméga-3 et surtout de la vitamine A. En Suisse, comme dans de nombreux pays occidentaux, l'idée absurde selon laquelle la vitamine A, c'est-à-dire le vrai rétinol d'origine animale, serait quelque chose de terrible, gagne de plus en plus de terrain. Il faut s'imaginer la chose : de nombreuses femmes enceintes la craignent, alors que la vitamine A est justement essentielle à la différenciation cellulaire de l'embryon (la vitamine A se transforme d'ailleurs en une hormone, l'acide rétinoïque). En Suisse, nous ne sommes pas seulement un pays carencé en oméga-3, mais aussi une région carencée en vitamine D et en vitamine A.
Cela devrait particulièrement agacer les frileux parmi nous. Car en hiver, le corps mobilise ses réserves de vitamine A. Il transporte la vitamine A vers le tissu adipeux, mais aussi vers le tissu musculaire. Là, elle active certaines protéines situées dans les mitochondries : ces protéines, appelées protéines découplantes, « découplent » la production d'énergie dans les mitochondries. Cela signifie que l'énergie provenant de l'alimentation ou des réserves de graisse au niveau des hanches est transformée en chaleur. On brûle donc littéralement cette graisse, directement dans la graisse elle-même. Ce phénomène s'appelle le « brunissement » du tissu adipeux. Le tissu adipeux est alors reprogrammé métaboliquement de sorte qu'il ressemble davantage, en hiver, à un muscle.
Voilà. Pour boucler la boucle, il nous manque encore une information importante. La vitamine A et la vitamine D agissent toujours ensemble dans le corps. Pour que la vitamine A puisse agir correctement, elle a besoin de la vitamine D, et inversement. En hiver, nous avons, du moins par l'alimentation, un besoin accru de ces deux vitamines. Le soleil ne couvre plus le besoin en vitamine D et le froid fait grimper massivement le renouvellement de la vitamine A. C'est pourquoi nos ancêtres le savaient, et notre corps le sait sans doute encore : le poisson et le foie de poisson pouvaient combler ce besoin sans effort particulier. Heureusement, aujourd'hui, nous n'avons plus besoin de manger du poisson pour couvrir nos besoins. Il existe désormais des compléments alimentaires modernes, des vitamines sous forme pure ;-)
En hiver, nous avons donc besoin de plus d'oméga-3, plus de vitamine D et plus de vitamine A. Dès maintenant. Soit par l'alimentation (poisson, huile de foie de morue, foie, etc.), soit par des compléments alimentaires.