Les inconvénients du régime cétogène
Après avoir découvert l'alimentation cétogène la semaine dernière, parlons aujourd'hui de ses possibilités et de ses limites.
Il faut le reconnaître, certains résultats d'études rendent le régime cétogène (RC) très attractif. Par le passé, on a déjà souvent parlé de l'usage du régime cétogène dans certaines maladies comme l'épilepsie¹, l'insuffisance rénale chronique² et les dérèglements métaboliques comme le diabète de type 2³ et l'obésité sévère⁴.
Dans tous ces cas, l'alimentation cétogène s'est révélée être un moyen puissant, sans effets secondaires majeurs.
Dans une étude pilote toute fraîche de l'Université de Stanford, le RC s'est même révélé utile dans certaines maladies psychiatriques.⁵ Des découvertes récentes laissent en effet supposer que la schizophrénie et le trouble bipolaire pourraient être dus à des troubles métaboliques susceptibles d'affecter négativement les synapses et l'excitabilité des cellules nerveuses.
Keto pour toujours ?
On sait depuis longtemps que l'effet bénéfique des corps cétoniques peut être un véritable game changer pour certaines personnes atteintes de maladies spécifiques. Et ce n'est pas non plus un secret que la plupart des gens, dans notre société d'abondance, profiteraient d'une légère cétose de temps en temps.
C'est pourquoi nous aussi, on te conseille de faire un peu moins d'« engraissement aux glucides » et, au lieu de grignoter du pain et des pâtes tous les jours, d'augmenter plutôt la part de protéines et de légumes.
Mais faut-il pour autant restreindre les glucides de façon (massive) et permanente ? Dans la plupart des cas, la réponse est « non ». Le fait qu'un régime cétogène comporte même certains risques est souvent ignoré, volontairement ou non. On y revient tout de suite.
Pour perdre du poids et donc automatiquement améliorer sa santé métabolique, il existe des moyens plus simples que de passer directement en full keto…
Comme le montrait une étude de 2019 très citée, des personnes en surpoids consommaient automatiquement ∼500 calories de moins par jour grâce à une alimentation non transformée que les personnes à qui on servait des aliments ultra-transformés.⁶ Et dans chaque groupe, les participants pouvaient manger autant qu'ils voulaient.
Il n'y a pas de magie là-derrière : une pomme de terre rassasie tout simplement plus longtemps qu'un pain de mie.
Les produits à base de farine blanche disparaissent automatiquement avec une alimentation non transformée, et donc aussi une grande quantité de glucides. Et nous voilà revenus à l'alimentation keto edubily (voir notre post Instagram de lundi).
Tout cyclique, rien de chronique
Voyons maintenant tout ce qui peut mal tourner avec le RC.
D'une part, le keto est souvent mal compris. Certains pensent que manger cétogène est un permis illimité pour du café au beurre, du salami, du bacon, du fromage et de la tarte aux noix à la crème.
Au final, ils s'étonnent alors que la perte de poids promise ne vienne pas, alors que leurs valeurs lipidiques sanguines, elles, ne cessent d'empirer.
Celui qui a déjà beaucoup d'acides gras libres dans le sang à cause d'un surpoids n'a pas besoin d'en rajouter avec un ravitaillement massif en graisses alimentaires. En fin de compte, on peut tout aussi bien perdre du poids avec des glucides. Ce qui compte, c'est d'arriver de toute façon en déficit énergétique et de vivre sur ses propres réserves, peu importe comment, pour commencer.
D'autre part, même une alimentation cétogène bien pensée comporte quelques pièges. On l'a déjà souvent dit : la biologie veut osciller. Les processus chroniques, peu importe la direction, n'atteignent presque jamais leur but à long terme.
Effets hormonaux d'un RC chronique
Avec la popularité croissante du régime cétogène, le nombre de publications scientifiques augmente aussi de façon exponentielle depuis les années 2000. Alors qu'entre la première publication de 1931 et l'an 2000, on comptait au total à peine 300 publications sur le RC, rien que l'année dernière, il y en a eu plus de 600, soit plus du double !
Il y a d'abord la question de l'équilibre hormonal. Sous une alimentation strictement pauvre en glucides (on parle ici de moins de 100 g de glucides par jour), les hormones thyroïdiennes baissent par exemple, plus précisément la T3.⁷ Même un apport d'iode ne peut pas l'empêcher.⁸
Étroitement lié à cela, il y a la leptine, l'hormone de satiété. Elle baisse en effet nettement sous une alimentation trop pauvre en glucides.⁹ Peu de leptine signifie fringales, métabolisme ralenti, libido inexistante et système immunitaire compromis, pour ne citer que quelques-unes des conséquences. Pas vraiment souhaitable.
De plus, le taux de testostérone chez les hommes peut baisser avec un RC, tandis que le taux de cortisol augmente.¹⁰ Personne ne souhaite un taux de cortisol durablement élevé, car cette hormone du stress peut, à long terme, entraîner entre autres une résistance à l'insuline, des troubles du sommeil et un stockage de graisse abdominale.
Le célèbre chercheur en longévité Valter Longo a lui aussi déjà étudié les effets d'un RC sur un modèle murin de sclérose en plaques.¹¹ Alors qu'une cétose cyclique (« jeûne simulé ») pouvait fortement ralentir l'évolution de la SEP, voire l'inverser complètement chez une partie des animaux, un RC classique n'entraînait qu'une « amélioration légère », sans arrêt de la maladie. Là encore : cyclique vaut mieux que chronique.
En mai 2024 seulement, une étude animale a mis en évidence un autre revers du régime cétogène.¹² Un RC continu peut déclencher chez la souris le vieillissement cellulaire, la fameuse sénescence. Particulièrement dans les tissus cardiaques et rénaux, ce qui pouvait entraîner des lésions organiques précoces. Heureusement, on peut éviter tout cela grâce à des interruptions régulières de la cétose.
Ces pauses keto permettent d'ailleurs aussi de faire remonter la leptine. Pratique !
Découvre le RC edubily
Sans indication thérapeutique, on ne voit donc aucune raison de suivre durablement une alimentation strictement cétogène. En revanche, il est sans doute judicieux de réduire de temps en temps plus fortement la part de glucides de l'alimentation, pour profiter des avantages de la cétose.
Cela peut se faire très facilement, par exemple en prenant simplement un souper et un petit-déjeuner riches en protéines et en graisses, donc pauvres en glucides. Au réveil le matin, tes corps cétoniques sont déjà nettement élevés grâce au jeûne nocturne.
Tu peux ensuite exploiter davantage cet état en retardant un peu la prise de glucides, ou en continuant au moins à éviter les glucides raffinés, comme la farine. Ce n'est vraiment pas sorcier, non ? ;-)
Notre RC edubily est une méthode douce pour profiter temporairement de la cétose, sans subir les inconvénients d'une restriction extrême des glucides. On t'a présenté en détail comment organiser une journée RC edubily dans notre post Instagram.
On te souhaite plein de succès et bon appétit ;-)
Sources
- Lambrechts, D. a. J. E. et al. A randomized controlled trial of the ketogenic diet in refractory childhood epilepsy. Acta Neurol. Scand. 135, 231–239 (2017).
- Cukoski, S. et al. Feasibility and impact of ketogenic dietary interventions in polycystic kidney disease: KETO-ADPKD:a randomized controlled trial. Cell Rep. Med. 4, 101283 (2023).
- Correa, L. L. et al. Severe type 2 diabetes (T2D) remission using a very low-calorie ketogenic diet (VLCKD). Endocrinol. Diabetes Metab. Case Rep. 2022, 22–0295 (2022).
- Moriconi, E., Camajani, E., Fabbri, A., Lenzi, A. & Caprio, M. Very-Low-Calorie Ketogenic Diet as a Safe and Valuable Tool for Long-Term Glycemic Management in Patients with Obesity and Type 2 Diabetes. Nutrients 13, 758 (2021).
- Sethi, S. et al. Ketogenic Diet Intervention on Metabolic and Psychiatric Health in Bipolar and Schizophrenia: A Pilot Trial. Psychiatry Res. 335, 115866 (2024).
- Hall, K. D. et al. Ultra-Processed Diets Cause Excess Calorie Intake and Weight Gain: An Inpatient Randomized Controlled Trial of Ad Libitum Food Intake. Cell Metab. 30, 67-77.e3 (2019).
- Iacovides, S., Maloney, S. K., Bhana, S., Angamia, Z. & Meiring, R. M. Could the ketogenic diet induce a shift in thyroid function and support a metabolic advantage in healthy participants? A pilot randomized-controlled-crossover trial. PLoS ONE 17, e0269440 (2022).
- Reinhardt, W. et al. Effect of small doses of iodine on thyroid function during caloric restriction in normal subjects. Horm. Res. 39, 132–137 (1993).
- de Luis, D. A. et al. Effects of a low-fat versus a low-carbohydrate diet on adipocytokines in obese adults. Horm. Res. 67, 296–300 (2007).
- Chen, S. et al. Ketogenic Diet and Multiple Health Outcomes: An Umbrella Review of Meta-Analysis. Nutrients 15, 4161 (2023).
- Choi, I. Y. et al. Diet mimicking fasting promotes regeneration and reduces autoimmunity and multiple sclerosis symptoms. Cell Rep. 15, 2136–2146 (2016).
- Wei, S.-J. et al. Ketogenic diet induces p53-dependent cellular senescence in multiple organs. Sci. Adv. 10, eado1463 (2024).