Les protéines végétales sont plus saines … vraiment ?
On lit sans cesse que les protéines végétales seraient plus saines que la protéine animale. Il n'existe évidemment aucune preuve de cela, à part peut-être l'épidémiologie. Or celle-ci distingue notoirement à peine entre une saucisse hot-dog («protéine animale», ultra-transformée) et des lentilles («protéine végétale», non transformée).
Bien sûr, une saucisse ultra-transformée contient par exemple un taux plus élevé de graisses, de cholestérol, de nombreux additifs, beaucoup de sel, etc., des facteurs qui peuvent rendre les personnes déjà malades encore plus malades. Et les lentilles seraient un bon exemple de bonne source de fibres, de cuivre, de manganèse. Il s'agit évidemment là d'une comparaison assez indue, entre pommes et poires.
Les protéines végétales sont aussi souvent très riches en arginine. On connaît le mécanisme : à partir de l'arginine, le corps fabrique du NO, ce qui préserve non seulement la santé des vaisseaux, mais aussi la fonction immunitaire et bien d'autres aspects. Personne n'a rien contre ce type de protéines végétales.
De l'autre côté, les protéines dites animales apportent toute la palette de richesse nutritionnelle : fer héminique, zinc complexé, taurine, ALC, choline, carnitine, créatine, une protéine hautement biodisponible et complète, grâce à une composition idéale en acides aminés, et bien plus encore.
Tout cela, on ne peut pas l'attendre de la protéine végétale. Elle contient beaucoup moins d'acides aminés essentiels (on peut compenser cela par la combinaison), sa digestibilité est nettement moins bonne (voir le score DIAA) et les protéines végétales ne contiennent tout simplement pas de carnitine et compagnie.
L'idéal serait donc plutôt de ne pas choisir l'un ou l'autre, mais de combiner les deux mondes.
Fin 2022 paraissait l'étude InCHIANTI. Dans cette étude de cohorte prospective menée en Italie (Toscane), 1139 adultes âgés vivant dans la communauté (âge moyen : 75 ans) ont été suivis pendant 20 ans. Objectif : examiner les effets de la protéine animale vs végétale sur la mortalité totale, le risque de cancer et de maladies cardiovasculaires.
Et voilà que l'univers de croyances des chercheurs se retrouve sens dessus dessous :
«Contrairement à notre hypothèse initiale, on peut dire que l'apport en protéine animale était inversement associé à la mortalité totale et à la mortalité cardiovasculaire chez les adultes âgés.»
Les chercheurs s'attendaient donc à l'inverse. Ils pensaient que la protéine végétale protégeait de la mortalité et des maladies cardiovasculaires. Mais dans cette étude, seule la protéine animale a convaincu, c'est-à-dire produit une différence mesurable.
Moins ces personnes âgées respectaient les «règles» de l'alimentation méditerranéenne, c'est-à-dire plus elles consommaient tendanciellement de viande et de produits laitiers, de poisson et de fruits de mer, et moins de fruits, de céréales et d'alcool, plus l'apport total en protéines tendait à être élevé, et plus la mortalité totale et le risque de maladies cardiovasculaires tendaient à être faibles.
- Pour la mortalité totale : beaucoup de protéines (-20-30 %), beaucoup de protéine animale (-20-30 %)
- Mortalité cardiovasculaire : beaucoup de protéines (-40-45 %), beaucoup de protéine animale (-45-50 %)
- Cancer : beaucoup de protéines (-30 %), beaucoup de protéine animale (-50 %)
(Dans l'étude, relativement peu de personnes sont décédées d'un cancer, raison pour laquelle la portée de ce résultat serait limitée, selon les auteurs.)
Important : la «protéine végétale» provenait ici surtout de céréales (gluten) et seulement à 5 % de légumineuses. Un apport plus élevé en protéines issues justement de ces légumineuses pourrait encore faire une différence.
D'un autre côté, l'étude montre paradoxalement que davantage de protéine animale, dans cette étude : davantage de produits laitiers et de viande rouge, semble faire beaucoup de bien aux personnes âgées en particulier, comparé aux céréales. Moins de céréales et plus de produits animaux réduisent énormément la mortalité dans cette cohorte.
Un credo qui parle de lui-même et que nous appliquons aussi volontiers : plutôt un œuf de plus et une tranche de pain de moins. Cela correspond aux principaux acquis de la science des deux dernières décennies.
Les chercheurs pensent qu'«une consommation accrue de protéine animale pourrait être inversement associée à la mortalité chez les adultes âgés grâce à son effet protecteur sur la force musculaire, la fragilité, la sarcopénie ou les réponses immunitaires.» Cela aurait déjà été démontré dans d'autres études.
Et pour cet exemple aussi, une fois de plus : plus on regarde de près, plus les choses se nuancent. C'est exactement le contraire de ce qui est aujourd'hui, il faut bien le dire, mis en avant. Les affirmations générales n'aident pas.
Dans le débat sur «protéine animale vs végétale», on oublie les règles les plus simples d'une alimentation saine. Une de ces règles est : tu as besoin, surtout en vieillissant !, d'une protéine de très haute qualité, facilement digestible. Et quand s'y ajoutent en plus des «bioactive compounds» fonctionnels comme la carnitine et la taurine, la mortalité semble baisser elle aussi énormément.
Serait-ce une non-assistance à personne en danger que de retirer, au nom d'une «Planetary Health Diet» quasi vegan, leur protéine animale à ces personnes ? L'idéologie tuerait, dans ce cas. Tout à fait sérieusement.