Vitamine C : ce que nous avons négligé jusqu'ici
En 1944, à Sheffield (Angleterre), s'est déroulée l'une des expériences les plus célèbres et les plus importantes jamais menées sur des êtres humains. La nourriture était rare à l'époque, et des chercheurs ont décidé de faire de nécessité vertu.
Sur fond de pénurie de vitamine C, les chercheurs ont testé quel était le seuil minimal de vitamine C nécessaire pour éviter le scorbut, cette maladie carentielle liée au manque de vitamine C : 20 volontaires ont été répartis en groupes et ont reçu, pendant neuf mois, respectivement 0, 10 et 70 mg de vitamine C par jour.
Déjà en 1933, quelques années à peine avant cette expérience, le célèbre chercheur Albert Szent-Györgyi, futur prix Nobel, découvrait que le scorbut, cette maladie encore mystérieuse des marins, pouvait être évité grâce à la vitamine C qu'il avait lui-même découverte en 1926.
À cette époque, le scorbut était connu depuis près de 2000 ans déjà. Même à l'âge des grandes découvertes, à partir de 1500 environ, de très nombreux marins mouraient régulièrement du scorbut : selon la tradition orale, les peuples autochtones du Canada disposaient déjà à cette époque d'un « remède » contre le scorbut (des parties de plantes riches en vitamine C).
Éviter le scorbut
500 ans plus tard, en Angleterre en 1944, il s'agissait de déterminer quelle dose était nécessaire pour éviter le scorbut. Au cours de cette expérience extrême, qui ne serait plus possible aujourd'hui, certains participants sont tombés gravement malades : heureusement, il n'y a pas eu de séquelles à long terme.
Outre une fatigue et un épuisement extrêmes, des inflammations, une fonte musculaire et une sensibilité accrue aux infections, des troubles de la formation du collagène constituent une caractéristique majeure d'une carence en vitamine C. Sans vitamine C, le collagène ne peut pas se former.
C'est pourquoi les signes typiques du scorbut sont des saignements des gencives excessifs (gingivite ulcéreuse), mais aussi des troubles de la cicatrisation. C'est exactement ainsi que les participants ont été examinés à l'époque : les chercheurs ont provoqué des plaies chez les participants et ont analysé la solidité des cicatrices.
Conclusion de l'époque : il faut au moins 10 mg de vitamine C pour éviter cette grave carence. Sur la base de ces résultats, l'OMS a fixé à l'époque un apport minimal recommandé en vitamine C de 45 mg.
Une nouvelle analyse des données
En 2021, la célèbre revue The American Journal of Clinical Nutrition a publié une réévaluation des données de l'époque. Dans ce travail de « détective », les chercheurs ont utilisé des méthodes d'analyse de données ultramodernes qui n'existaient pas encore à l'époque.
Avec le résultat suivant :
« Des analyses paramétriques robustes des anciennes données montrent qu'un apport quotidien moyen de 95 mg de vitamine C est nécessaire pour éviter une faible solidité des cicatrices chez 97,5 % de la population. »
Les doses nécessaires à une cicatrisation normale chez la plupart des gens sont plusieurs fois plus élevées que les doses minimales requises pour la cicatrisation en tant que telle.
De plus, cette nouvelle analyse a montré que des doses élevées de vitamine C sont nécessaires pour rétablir des taux normaux après une carence (prolongée). En effet, même 90 mg de vitamine C sur une période de six mois n'ont pas suffi à rétablir une solidité normale des cicatrices.
Marginal n'est pas optimal
Constatons-le : beaucoup de gens regardent toujours vers le bas. « Combien faut-il pour atteindre un seuil marginal qui évite le pire ? » Même l'OMS écrit, dans ses travaux actuels sur la vitamine C, qu'éviter une carence extrême n'a rien à voir avec un apport optimal.
Ce que pourrait être un apport optimal en vitamine C, ce n'est pas seulement cette nouvelle étude qui le laisse entrevoir : dans notre [source non disponible], nous abordons aussi brièvement la question de savoir quel apport en vitamine C suffit pour saturer les taux de vitamine C.
Une chose que, comme toujours, il vaut mieux savoir !