Vitamine D : un résumé pour toi
Chaque année, nous le rappelons à nouveau : dès maintenant, c'est-à-dire dès l'automne, un bon apport en vitamine D ne peut plus être garanti que par la supplémentation. Toute personne qui tient à sa santé, ou à la préserver, devrait tout simplement en être consciente.
La raison est toute simple :
- À partir de la vitamine D, le corps fabrique une hormone appelée calcitriol. Une hormone. Comme la testostérone, par exemple. Le calcitriol régule environ 1'000 gènes, dont un grand nombre jouent notamment un rôle central dans le système immunitaire. Ce que beaucoup ignorent, c'est que les cellules du système immunitaire, comme les macrophages, qui détectent une infection bactérienne, convertissent la vitamine D circulante en calcitriol. Le calcitriol ainsi produit favorise alors la formation de protéines antibactériennes, comme la cathélicidine. De la biochimie toute simple.
- Une étude importante datant de 2015 montre que 80 % de la population n'a pas un apport normal en vitamine D en hiver, notons-le bien : on parle ici de valeurs à partir de 50 nmol/L, soit 20 ng/ml. Des valeurs à partir de 75 nmol/L sont considérées comme optimales, ce qui correspond aussi à la recommandation de l'Endocrine Society (et de quelques autres sociétés savantes). Cette valeur est atteinte par encore moins de personnes.
Il n'en faut pas plus, non ? Et pourtant, chaque année, de nouveaux articles paraissent dans la «presse spécialisée» pour nous affirmer le contraire. Comme par exemple la journaliste (!) Filipa Lessing de ZEIT ONLINE, qui sait pourtant bien que «la plupart n'ont malgré tout pas de carence», d'où ce conseil avisé : «dans le doute, mieux vaut ne rien ingérer».
Heureusement, la rédaction précise que «certaines des études citées n'ont pas été suffisamment contextualisées ou ont été mal interprétées», et ont été corrigées en conséquence. Le ton général, lui, reste le même. Incompréhensible, sachant que la vitamine D est peut-être la vitamine la plus sûre qui soit : en été, le corps en produit des quantités que la plupart d'entre nous n'atteindraient de toute façon jamais avec le banal dosage de la pharmacie familiale.
Nous, ou plutôt les journalistes, passons une fois de plus à côté de la réalité : car au même moment, la science médicale continue de publier tranquillement, sur la base de mesures et de calculs, et présente sans complexe, dans les meilleures revues spécialisées, même les vraies (comme Nature), une synthèse des résultats de nombreuses études de référence, avec le résultat suivant :
«Pour atteindre une concentration sanguine suffisante en vitamine D (75 nmol/L), l'apport recommandé se situe entre 1'340 et 2'250 UI/jour pour les enfants et les femmes enceintes, et entre 2'519 et 797 UI/jour pour les adultes européens âgés de 18 à 64 ans et de 65 à 85 ans (…)»
Ils recommandent donc directement 75 nmol/L, et non 50 comme le font par exemple les autorités compétentes. Et voilà, écrit noir sur blanc, quelque chose que tu ne liras nulle part dans nos médias : les adultes ont besoin de plus de 2'000 UI de vitamine D par jour. Une quantité «inouïe», que l'autorité fédérale compétente qualifie même de «dangereuse» et «inutile pour la population générale».
On voit ici, une fois de plus, l'énorme décalage, on pourrait presque parler de dissonance cognitive. Car même les autorités compétentes devraient savoir qu'en hiver, pratiquement tout le monde présente une carence en vitamine D, et que des taux normaux (50 nmol/L = 20 ng/ml), ou mieux encore des taux optimaux (75 nmol/L = 30 ng/ml), ne peuvent être atteints qu'avec des quantités nettement supérieures aux 800 UI quotidiens «autorisés» chez nous.
Cela nous amène à un tout autre point, un aspect sociétal. En Suisse comme ailleurs, on observe un manque chronique d'exposition au soleil pendant les mois sombres. Les Scandinaves ont au moins leur poisson riche en vitamine D, mais quelle source naturelle de vitamine D avons-nous, en Suisse ?
Quoi qu'il en soit : la célèbre Dr Rhonda Patrick a déjà publié, en 2014 et 2015, avec le biochimiste sans doute le plus connu de notre époque, Bruce Ames, deux articles scientifiques montrant que le calcitriol (vitamine D active) active l'enzyme TPH2, qui forme la sérotonine dans le cerveau. Un apport suffisant en vitamine D dans le corps signifie donc suffisamment de sérotonine dans le cerveau. Petit rappel : la sérotonine est le neurotransmetteur qu'on appelle «l'hormone du bonheur», et qui manque un peu en hiver.
La boucle est bouclée.